Musique africaine : Rencontre avec un djembefola

Jean-Claude Nardone est un djembefola avide de transmettre ses connaissances des percussions africaines. Une fois la porte de son cours poussée, on est transporté par les sons des djembés et des dumdums, mais pas seulement. L’homme rythme également ses leçons par des explications sur la culture mandingue.

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Le djembé est un instrument doté d’une histoire passionnante. Issu de l’Afrique de l’Ouest, on attribue plus particulièrement ses origines au peuple malinké. Le terme djembefola vient d’ailleurs de djembé, l’instrument, et fola, équivalent malinké du suffixe -iste pour les musiciens. Jean-Claude Nardone fait partie de ces maîtres du djembé. Il l’enseigne à ses élèves dans le pur respect de la tradition. Nous l’avons rencontré sur son lieu de travail, au studio de musique SMOM,  dans le 20e arrondissement de Paris.

Que représente le djembé pour vous ? Quelles sont les valeurs qu’il véhicule ?

Le djembé représente un instrument de joie. En Afrique on dit « Sewa Kan », le son de la joie, la joie du son. Le djembé est là pour marquer les festivités, que ce soit tous les évènements de la vie, le baptême, le mariage, la circoncision, le passage de l’enfance à l’adolescence, de l’adolescence à l’âge adulte, de l’âge adulte à doyen. Il est là dans tous les domaines de la vie des Africains de l’Afrique de l’Ouest, des Malinkés. Le djembé ponctue tous les évènements importants de la vie. Le djembé est partout, pour faire les cérémonies.
Ce que représente aussi le djembé, pour un batteur, c’est la convivialité, la force physique, la joie de partager à travers le djembé et la danse, l’amitié, la bonne humeur, la joie de vivre, la force de vie.

Quel est le symbole du djembé ?

C’est l’Afrique. Mais qu’est-ce que le symbole de l’Afrique, pour les gens ? À part qu’il y a des guerres toujours en Afrique, qu’il y a la misère, les maladies… Mais sinon, le symbole de l’Afrique, c’est la force de vie ! Il y a une force de vie incroyable en Afrique. Tout le monde se bat pour vivre. Les Africains ont une culture très généreuse. Il y a beaucoup de solidarité chez eux.

En quoi cet instrument vous a t-il permis de vous rapprocher de la culture africaine ?

J’ai pratiqué cet instrument pendant des années. Mon apprentissage s’est  accompagné de voyages d’études en Afrique pour apprendre la culture. Au bout d’un moment, en fin de compte, il y a un métissage qui s’opère naturellement. Je ne suis plus vraiment un blanc à 100%, je suis un blanc avec un petit peu de sang africain parce que la culture a fait son œuvre. Je trouve cela très positif, en tout cas je suis heureux de ça.

Pourquoi, justement, vous sentez-vous proche de cette culture ?

Je me sens proche de cette culture parce qu’elle m’a apporté – et continue de m’apporter – ce que je n’ai pas trouvé dans ma propre culture, à savoir une simplicité de vie, une force de vie, un amour de la vie, la chaleur de la vie et la connaissance de la nature.

Vous avez été initié par de grands maîtres. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

Mon premier maître était Mohamed Bangoura. Il était soliste dans les grands ballets africains de la République de Guinée. Lui-même était l’élève de grands maîtres comme Famoudou Konaté, Mamady Keïta et Fadouba Oularé. J’ai donc moi aussi recherché à rencontrer ces grands maîtres… et je les ai rencontrés ! Ils m’ont aussi enseigné. Toutefois, il faut distinguer le maître que l’on va rencontrer pour étudier la musique, qu’on découvre à travers des conversations… du maître qui vous suit tous les jours, que l’on voit tous les jours. C’est une autre façon de suivre un maître. Ça devient du quotidien. C’est ce qu’on peut appeler le terrain.

Comment parvenez-vous à transmettre votre savoir à vos élèves ?

J’enseigne le djembé par la simplicité, par les bases. D’abord avec un aperçu de ce qu’est le djembé, de son rôle au sein des fêtes qui marquent la vie, comme je vous l’ai expliqué plus haut. J’accentue également mes leçons sur la dimension humaine du djembé. Il faut savoir qu’en Afrique, le djembé est enseigné par le biais d’un très long apprentissage. Or les éléments de base pour étudier le djembé, c’est évidemment aimer la musique, mais c’est aussi comprendre les éléments de politesse, les codes de respect et la philosophie que véhicule cet instrument.

Certains de mes élèves sont habitués à être brillants parce qu’ils ont réussi leurs études.  En revanche, quand ils arrivent devant le djembé, ce sont des enfants. Il faut leur apprendre à être humble, simple et avoir un cœur d’enfant parce que c’est une musique qui se transmet par voie orale, ce n’est pas une musique intellectuelle ! Ceux qui sont habitués à tout apprendre par l’intellect, ils arrivent très sûrs d’eux car ce sont effectivement de bons intellos, mais pour ce qui est d’apprendre avec le cœur comme des enfants, ça devient difficile pour eux. Il leur faut du temps pour comprendre ça. J’essaie de communiquer humblement cette méthode, comme moi je l’ai apprise avec les Africains, en étant naturel et simple.

Pouvez-vous nous raconter une anecdote qui vous a fait rire lors de l’un de vos cours ?

C’était il y a quelques années. Je vois un jour arriver dans mon cours un vieux monsieur. C’était vraiment le cliché du vieux monsieur, c’est-à-dire le vieux papi qui n’y croit plus, tout timide, tout bloqué. Il n’y avait quasiment que des jeunes dans le cours. Je le mets en confiance, je lui parle de l’Afrique. Trois semaines après, il vient jouer le « teenager » dans mon cours. Il commence à draguer les filles, à faire le « kéké » pendant les cours, un vrai minot. Ça m’a trop fait rire !

Quels sont vos projets à l’avenir ? 

Mes projets, c’est espérer continuer toujours à transmettre ce que mes maîtres m’ont appris parce que la tradition est en train de se perdre. Les jeunes ne reprennent pas exactement le flambeau comme les maîtres l’auraient souhaités. La musique évolue tout le temps, ils ont accéléré les rythmes et ont compliqué les tempos de base. Même pour le choix des instruments, ce n’est plus comme avant. Les jeunes batteurs utilisent maintenant la peau de vache au lieu de la peau de chèvre des anciens, qui donne un autre son, certes plus spectaculaire, mais moins traditionnel. Il y a beaucoup de déformation. La crainte des vieux maîtres africains, c’est que leurs jeunes seront peut-être un jour contraints de venir voir les blancs – sérieux avec l’enseignement qu’ils ont reçu – pour leur demander comment leurs pères, leurs ancêtres jouaient telle ou telle rime, et comment ils célébraient les cérémonies. Cette connaissance se perd en Afrique.

Tant que je suis en vie, je veux continuer à transmettre ce que l’on m’a inculqué parce que c’est beau, c’est une belle histoire, c’est l’histoire africaine qui a souvent été maltraitée. Il y a eu l’esclavage, il y a eu la colonisation, la domination du blanc et de l’intellectuel sur le monde. Mais il y a aussi l’Afrique avec ses valeurs. Je suis un petit élément qui rappelle au monde que l’Afrique est là, et qu’elle a ses valeurs.

Pour en savoir plus sur le djembé et Jean-Claude Nardone, rendez-vous sur son site officiel.

Jean-Claude Nardone (au milieu) et ses élèves

Jean-Claude Nardone (au milieu) et ses élèves

Le studio de musique de Jean-Claude Nardone

Le studio de musique de Jean-Claude Nardone

 Consultez l’article original sur Haveablogbreak. Publication datant du 6 janvier 2014.

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