JO 2012 : Rencontre avec Marlène Harnois, l’espoir du taekwondo français à Londres

La championne de taekwondo Marlène Harnois s’est qualifiée aux JO d’été là où les hommes français ont échoué. La rédaction de Gentside a ainsi voulu rentrer dans son univers, pour une olympiade taekwondoïste 100% féminine.

Marlène Harnois

Les JO de Londres arrivent à grands pas et en ce qui concerne le taekwondo, la France se place sous le signe de la féminité. En effet, aucun homme français n’a été qualifié pour cet art martial, pas même Pascal Gentil qui voulait pourtant faire son come-back. Mais nous avons toutes nos chances dans une olympiade 100% féminine avec Marlène Harnois, d’origine canadienne et naturalisée française en 2008.

La vie d’une athlète

Gentside : Pourquoi avoir choisi le taekwondo ?

Marlène Harnois : C’est un petit peu par hasard que je me suis initiée à cette discipline. En effet, étant hyperactive, j’ai pratiqué de nombreux sports étant petite : handball, natation, tennis… J’ai finalement opté pour le taekwondo en voyant ma sœur aînée le pratiquer. Quelque part, je voulais un peu lui ressembler. C’est à l’âge de quatre ans que j’ai débuté.

Comment s’organisent vos entraînements pendant l’année ?

Mon année se divise en plusieurs périodes d’entraînements ou de compétitions, avec également de nombreux stages à l’étranger. Par exemple, début février j’ai séjourné à Kazan, en Russie, pour le tournoi de Qualification Olympique. Ensuite, j’ai pu m’accorder trois jours de vacances au Canada pour retrouver ma famille et mes proches. Puis, une quinzaine de jours après, j’ai passé deux semaines aux États-Unis, à Las Vegas, pour l’US Open. Enfin, je suis rentrée jeudi dernier de deux semaines d’entraînement à Séoul, en Corée du Sud. Mon activité nécessite beaucoup de déplacements, mais cela ne représente pas une contrainte pour moi. Je suis très heureuse actuellement car je vis de ma passion.

Quelle activité préférez-vous lors des entraînements ?

J’adore les séances d’opposition. Il s’agit de combats dans lesquels les points sont comptabilisés en temps réel. Grâce à un système électronique qui fonctionne à l’aide de capteurs placés sur des chaussons spéciaux que l’on porte, les coups de pieds, reçus et envoyés, sont détectés et retranscris sur un écran géant. Cela est très enrichissant parce que je peux suivre l’évolution de ma performance au cours du jeu. Il faut savoir toutefois que les coups de pieds au visage doivent être calculés par un juge extérieur car la machine ne peut pas les percevoir. Ces combats peuvent être libres ou à thème, c’est-à-dire concentrés sur une technique particulière. Ainsi, j’aime travailler ma tactique sous cet aspect de challenge. D’un autre côté, j’apprécie beaucoup les séances de musculation car elles se déroulent dans une atmosphère décontractée et en musique lors de mes entraînements avec mes coéquipiers de la Fédération.

Entretenez-vous une relation privilégiée avec votre coach ?

Oui, ma relation avec Myriam Baverel est atypique, je la connais depuis l’âge de 14 ans. Dans le cadre de la solidarité francophone internationale, la Fédération française de taekwondo (FFTDA) m’avait proposé de faire partie du pôle France pour la saison sportive 2001-2002. En intégrant l’équipe à cette époque, j’ai rencontré Myriam, qui est devenue ma meilleure amie. Ensuite, je suis rentrée au Canada durant quatre ans, au cours desquels j’ai arrêté le sport pour vaquer aux occupations qu’une adolescente peut avoir. Puis, à l’âge de 18 ans, Myriam, devenue entraîneur, m’a rappelé. Je me souviens encore de ce qu’elle m’a dit : « Cap ou pas cap, tu reviens en France et on va aux JO ensemble ».

Quel est le point fort de votre jeu ?

Sans aucun doute, ce sont les coups de pied au visage. D’ailleurs, c’est ce qui rapporte le plus de points, avec trois points contre un seul pour les coups de pieds portés au corps.

Devez-vous suivre un régime alimentaire ?

Oui, mon régime alimentaire est très strict, voire draconien. Le problème qui s’est posé à moi, c’est que seulement quatre catégories sont répertoriées aux Jeux Olympiques. Ainsi, alors que mon poids idéal oscille entre 61 et 63 kilos, j’ai dû choisir entre la catégorie des moins de 57 kilos ou celle des moins de 67 kilos. Pour mettre toutes mes chances de mon côté pour cette compétition importante, j’ai décidé de descendre dans la catégorie des moins de 57 kilos. Pour y arriver, je mange beaucoup de légumes et de viande blanche et j’évite de manger le soir après 19h – 19h30. De plus, je me déshydrate avant une pesée pour perdre jusqu’à deux à trois kilos d’eau. Et enfin, la course ou la corde à sauter sont évidemment des incontournables. J’exerce l’une ou l’autre de ces activités environ deux heures par jour dix jours avant une compétition.

La carrière de Marlène Harnois

Que ressentez-vous avant une rencontre ?

La plupart des athlètes sont très stressés et ressentent beaucoup d’appréhension avant de monter sur le tapis. Mais de mon côté, je ne me pose pas autant de questions, je préfère rester sereine face aux six minutes de combat qui m’attendent en écoutant de la musique sur mon Blackberry ou en jouant au poker en ligne.

Trois semaines avant les jeux de Pékin en 2008, vous vous êtes fracturée le cubitus, comment avez-vous réussi à surmonter cette épreuve ?

Cela a été très dur car j’y croyais et je pensais avoir les moyens d’y arriver. Une blessure est très difficile à gérer pour un sportif car tout devient alors hors de contrôle. Rien n’est plus de son ressort. Lorsque j’ai été dans cette position, je me suis projetée à travers mes projets à long terme pour garder le moral. Par ailleurs, j’ai vécu les jeux à travers mes coéquipiers.

Quel est le prix que vous avez remporté dont vous êtes la plus fière ?

Tous les prix que j’ai remporté ont eu une signification différente à mes yeux. Par conséquent, chacun a eu son importance, suivant les moments de ma vie durant lesquels je les ai gagnés. Mais je dois avouée que je suis très attachée à mon titre de médaillée d’or au championnat d’Europe de 2008. Cette victoire a eu quelque chose de symbolique car j’ai été naturalisée française seulement quelques jours avant. D’origine canadienne, je me sens néanmoins française depuis que je vis en France. En attendant ma naturalisation, je me suis entrainée durant quatre ans dans l’ombre, attendant de pouvoir concourir pour ce pays que j’aime tant.

Quel a été votre combat le plus marquant ?

Je suis particulièrement fière de celui que j’ai menée aux Universiades Games contre Hou Yuzhuo, qui s’est déroulé en Chine en 2011 et dans lequel j’ai battu la Chinoise 4-0, dans son propre pays.

Qu’attendez-vous des JO de Londres ?

La médaille d’or ! Ce serait le rêve d’une vie, l’aboutissement ultime. J’ai tout sacrifié pour gagner, la victoire serait une consécration, celle de tous mes efforts.

Que pensez-vous de la médiatisation de votre sport ? Le trouvez-vous sous médiatisé par rapport à d’autres sports ?

Le taekwondo est effectivement une discipline moins prisée que certains grands sports comme l’athlétisme, le basket ou le tennis. Forcément, j’ai envie de vous dire que c’est dommage car je trouve ma discipline passionnante et très technique. Mais d’un autre côté, j’ai conscience que c’est un sport jeune qui s’est inscrit à la liste des sports olympiques seulement en 2000.

Et dans les coulisses…

Comment réagissent vos proches par rapport à cette passion ?

Mon entourage me soutient complètement. De plus, la plupart de mes meilleurs amis sont des personnes avec qui j’ai commencé le taekwondo. Ils m’ont vu évoluer vers le haut niveau et sont fières de mon parcours. Pascal Gentil, notamment, est un ami de longue date. C’est un grand champion et en dehors du tapis il continue de m’impressionner par ses grandes qualités humaines. Malheureusement, il a échoué dans sa tentative de participer aux prochains JO.

Avez-vous d’autres projets de vie, à court ou à long terme ?

Oui, en parallèle de mon projet sportif, je suis chargée de communication dans une société informatique du nom de Conix Services, basée à Issy-les-Moulineaux à Paris. J’ai d’ailleurs mené des études de journalisme au CFJ et je souhaiterais, lorsque j’aurai mis un terme à ma carrière d’athlète, travailler dans le milieu de l’audiovisuel.

Avez-vous d’autres passions que le taekwondo ?

Oui j’adore le golf. Je vais souvent frapper quelques balles pour me détendre. De plus, je suis une véritable accro au poker.

Comment arrivez-vous à concilier votre vie de femme avec votre vie d’athlète ?

J’essaie de troquer le jogging pour une tenue plus élégante lorsque cela est possible. Cela m’aide à me sentir femme. D’ailleurs, j’adore le shopping. Ma marque de baskets favorite est les sneakers d’Isabel Marant. Je suis une véritable fan. J’en ai acheté une paire en édition limitée. Il ne restait plus ma pointure, mais je l’ai prise quand même dans la taille en dessous. Même si je ne peux les porter qu’avec des collants, je suis sous le charme.

Et avec les garçons, comment ça se passe ?

Mon petit ami est également un athlète. Il s’agit de Samuel Coco-Viloin, spécialiste du 110 m haies. Sa saison en extérieur n’a pas encore débutée. Il a participé aux Jeux Olympiques de Pékin et il est en course pour décrocher sa sélection pour Londres. Notre emploi du temps est assez similaire, ce qui facilite les choses.

Quelle est votre marque de voiture préférée ?

Je suis contente que vous me posiez cette question car j’adore les voitures ! Celle que j’aime particulièrement est la Mercedes S55 AMG et je conduis la Mercedes Classe C Kompressor. Sinon, j’aime les 4×4, peut-être est-ce là mon côté nord américain qui ressort.

Information exclusive. Toute reproduction interdite sans la mention explicite de Gentside.

La version originale de l’article est à consulter sur Gentside. Publication datant du 23 mars 2012.

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